Signes






vol. 49, no 2
janvier - mars 2014


 
liminaire
En lien avec cet article : Prière

Diane POIRIER
(L'article complet est dans la revue Signes, vol. 49, no 2)
   
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« Je prie pour tes mains »
    
Propos recueillis par Diane POIRIER
(L'article complet est dans la revue Signes, vol. 49, no 2)
   
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Aider l'Église en détresse
En lien avec cet article : Aide à l'Église en détressePrière ; Youcat

  Propos recueillis par Diane POIRIER
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Suivre Jésus pour vrai
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Étoiles pour nos frères
En lien avec cet article : Prière
 
Abbé Pascal RAMDÉ
Inspiré d'un texte que feu l'abbé Jules Beaulac avait mis sur Internet il y a plus de dix ans
(L'article complet est dans la revue Signes, vol. 49, no 2)
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L'amour de Dieu parmi nous
En lien avec cet article : Deus Caritas Est ; Lumen Fidei ; Prière

Benoît XVI
(L'article complet est dans la revue Signes, vol. 49, no 2)
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Aimer comme Jésus
ANONYME
(L'article est paru dans la revue Signes, vol. 49, no 2)
   
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Méditer sur l'Enfer ?
Diane POIRIER
(L'article complet est dans la revue Signes, vol. 49, no 2)
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Ces mains qui parlent
En lien avec cet article : Prière
 
Propos recueillis par Donalda BRULOTTE
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La spiritualité de l'espérance

Article complet


La spiritualité de l’espérance

Il y a déjà plusieurs années, en bouquinant à la boutique de l’Oratoire Saint-Joseph, je suis tombée sur un livret intitulé : Chemins d’espérance, d’un certain François-Xavier Nguyen Văn Thuân. Je n’avais jamais encore entendu parler de cet homme remar­quable qui, avec le temps, est devenu un symbole de foi et d’espé­rance, tout d’abord pour le peuple vietnamien, puis pour l’Église entière, surtout en raison des fonctions que lui a confiées notre bien-aimé Jean-Paul II.

Je confesse que c’est la 2e fois que je me hasarde à entreprendre une courte biographie de cet homme qui m’a tant touchée, par ses écrits bien sûr, mais surtout par le témoignage de toute sa vie de fils, de frère, de prêtre, et d’évêque... Et surtout par l’enfer des longues et pénibles années vécues comme victime de la guerre qui ravageait son pays tant aimé. Ainsi, demandant son indulgence et la vôtre, chers amis, je vais tenter de vous parler d’amour, car parler de Monseigneur Văn Thuân, ce n’est que parler d’amour ! Vous com­prendrez aussi pourquoi, le 7 juillet dernier, le pape François lui rendait témoignage à l’occasion de la clôture de la phase diocésaine du procès en béatification. Personnellement, je crois que son ami Jean-Paul II a sûrement chuchoté de belles et bonnes choses en sa faveur à l’oreille attentive de Dieu.

Au service de l’Église

François-Xavier naît à Huè au Vietnam,  le 17 avril 1928, aîné de huit enfants d’une famille profondément catholique et pratiquante. Font partie de sa famille des politiciens, des intellectuels et des gens d’Église, dont l’Archevêque Pierre Martin Ngo Thuc. Famille honorable, me direz-vous avec raison, mais pour cette raison précise, elle fut, comme tant d’autres familles catholiques de cette époque, dans la mire dangereuse du communisme, dont les Vietnamiens on vu monter la marée empoisonnée.

Le jeune homme fait ses études au Petit, puis au Grand Séminaire, pour arriver à son ordination, que Monseigneur Urrutia, mep (Missions étrangères de Paris) célèbre le 11 juin 1953. Ensuite, il est envoyé poursuivre ses études à Rome, sans soupçonner que c’est là qu’il finira ses jours - Pardon, je me devance, dans cette histoire douloureuse mais combien fascinante !

De retour à son diocèse de Hué, il se voit chargé de la formation des prêtres. Nommé évêque du diocèse Nha Trang le 13 avril 1967, il devient archevêque coadjuteur pour Saïgon le 24 avril 1975, une semaine avant que la ville tombe aux mains des Communistes. Si sa famille, ses amis et tous les fidèles se réjouissent d’une si belle accolade, il en est autrement pour les hautes instances au pouvoir, qui refusent catégo­ri­quement de reconnaître sa nomination et procèdent à un harcèle­ment brutal.

Un peuple éprouvé

C’est en essayant de comprendre l’époque, l’histoire et la géo­graphie du Vietnam que j’ai réalisé les liens qui devaient avoir uni le héros de notre histoire à cet autre héros de la même époque, Karol Wojtyla qui, lui aussi, a vécu l’oppression meurtrière, d’abord par les Nazis, puis par les Communistes qui ont envahi tout aussi brutale­ment son pays au départ des Allemands.

Si j’en connais passable­ment sur l’histoire de la Pologne et de l’Europe en général, je me sens inadé­quate pour parler de celle du Vietnam. Ce que je sais assurément, c’est que les deux pays ont, au cours des siècles, souf­fert persécution, domination, guerres et massacres. Je n’oserais donc prétendre à des connaissances profon­des de l’histoire du Vietnam, mais je peux vous brosser en quelques mots maladroits sa tragique réalité.

Si l’envie vous prend de vous apitoyer sur votre sort pour quelque raison, je vous prie de consi­dérer celui de ce brave et courageux peuple vietnamien, qui n’a eu de tort que celui d’avoir des voisins bel­li­queux et envahissants. Sans aller dans des détails qui auraient exigé beaucoup plus de recherches de ma part et qui auraient fait de cet humble article une volumineuse compilation de lieux et de dates, je résumerai, pour les besoins de la cause, les points les plus pertinents sur les invasions que ce peuple a combattues, et les souffrances qu’il a en­du­rées.

À ma grande surprise, j’ai appris qu’il y a déjà des siècles, le Viet­nam a eu à combattre l’invasion chinoise. Puis il y a eu le protectorat français avec ce qu’il apportait de bien... Mais je vous rappelle un article précédent sur le frère Marcel Van, dans lequel je rapportais que le jeune frère confessait à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qu’il n’aimait pas du tout les Français, et pour cause ! On tolère toujours mal un envahisseur, peu importe ses bonnes intentions. Or le protectorat français a perduré jusqu’en 1956. Comme si cela ne suffisait pas, il y avait aussi le Japon, qui voulait mettre le grappin sur ce beau pays, et qu’il a effectivement occupé jusqu’à ce que la Conférence de Genève sépare le Vietnam en deux républiques, celle du nord et celle du sud. Enfin, difficile d’oublier l’intervention armée des États-Unis, qui n’a rien réglé, donnant lieu à la cohabitation actuelle, que l’on peut qualifier de « pacifique mais inconfortable ».

Sous le boisseau

Ecce homo ! Voici l’homme ! Il prendra la croix à la suite de Celui qu’il a choisi de suivre et qu’il aime de cette folie d’amour qui a été celle du Christ. Voulant réduire au silence l’Église catholique du Vietnam, les haut-placés du Régime font arrêter et incarcérer Monseigneur Văn Thuân. Commence alors son calvaire : incerti­tude, inquiétude pour le bien-être des membres de sa famille et des fidèles qui comptent sur lui. Son seul réconfort ? S’appuyer sur la croix de son Sauveur !

Après quelque temps, le haut pouvoir se rend compte que la gentillesse et la douceur du détenu touche le cœur de ses gardiens. Situation intolérable ! On l’accuse de corrompre les innocents et on le change de prison constamment, le confinant pendant 13 années à la solitude totale. Son décor : la moisissure et la saleté ! Ne bénéficiant d’aucune fenêtre, il a pour seul éclairage la lumière de l’Esprit Saint.

L’ingéniosité de l’amour

En bon pasteur, il se préoccupe du sort de ses brebis, c’est pourquoi il cherche un moyen de leur transmettre des messages de réconfort et d’espérance. Il obtient la collaboration d’un jeune garçon catholique autorisé à lui apporter les médicaments dont il a besoin. Malgré le danger d’être découvert, Monseigneur parvient à se procurer un bout de crayon et un vieux calendrier, sur les pages duquel il se met à noter, au compte-goutte, des perles de sagesse et d’inspiration. L’enfant cache le bout de papier sur sa personne, l’apporte à la maison, où on le transcrit et le copie, avant de le faire circuler parmi les croyants. En fait, toutes ces notes, passées clandestinement, sont ensuite rassemblées dans un livret. Ce précieux livret est parvenu jusqu’à nous grâce à des réfugiés rescapés, parmi les « Boat People », qui y ont puisé consolation, encouragement et confiance. Depuis, il a été traduit en plusieurs langues. Je  vous en recommande la lecture, car pour ma part, je le trouve plus efficace que les remontants les meilleurs !

En compagnie du Seigneur

L’Esprit Saint le remplissant d’audace, le saint évêque trouve une façon de se procurer quelques gouttes de vin (toujours sous couvert de médicaments) et se met à conserver de petits bouts de pain afin d’avoir l’essentiel pour célébrer l’Eucharistie, le creux de sa main faisant office de calice. La sainte Eucharistie qu’il ne cesse ensuite de célébrer, voilà ce qui le garde debout et lui permet de tout endurer. Plus tard, il dira que c’est quand il était le plus faible, méprisé et abandonné des hommes (cf. Is 53, 3), qu’il a accompli sa plus grande œuvre. C’est durant cette période qu’il se découvre des talents d’orfèvre, et assemble des anneaux de vieilles chaînes rouillées traînant dans sa cellule pour se fabriquer un chapelet, qu’il conserva jusqu’à la fin de ses jours.

Appelé à servir... autrement !

Et puis enfin, la liberté ! L’internement de Monseigneur Văn Thuân prend fin le 27 novembre 1988, mais il est en résidence surveillée, dans les bâtiments de l’Archevêché de Hanoï. En 1991, il doit se rendre à Rome, pour un court séjour pense-t-il. Mais lorsqu’il tente de rentrer au pays, il apprend que son gouvernement lui en refuse l’accès. La souffrance de l’exilé s’abat sur lui ! Bien sûr, au Vatican, on lui ouvre les bras. Il a l’estime de tous, car impossible de ne pas aimer cet homme d’une humilité et d’une douceur désarmantes (n’imagine-t-on pas la personne de Jésus ?).

Dès 1994, Jean-Paul II le nomme à la Curie romaine : Vice-président du Conseil pontifical Justice et Paix et en 1995, il devient postulateur pour la cause de béatification du frère Marcel Van, C.Ss.R. En 1998, on lui confie la présidence du Conseil pontifical Justice et Paix.

Un jour de 2002, croisant le saint homme dans un corridor du Vatican, le Saint-Père lui lance, avec la verve joyeuse qu’on lui connaît : Monseigneur, savez-vous qui va prêcher mes exercices spirituels, cette année ? C’est un vietnamien, peut-être le connaissez-vous ? Surpris, le prélat ré­pond : Saint-Père, que puis-je dire ? J’ai passé ma vie en prison ! Le Pape souriant lui répondit : Parlez-nous de cela ; parlez-nous de la façon dont l’espérance vous a soutenu.

Peu après, il est créé Cardinal. Croyez-vous que notre futur Bienheureux est alors au sommet du bonheur ? Le penser serait ne pas connaître la souffrance de l’exil. Le Cardinal aime profondément son pays, avec son cœur, ses « tripes », son être tout entier ! Je ne peux reproduire tout le poème qu’il a écrit et intitulé : Tu as une patrie, mais comme fille d’exilés, j’en ai eu les larmes aux yeux ! Je ne citerai que les derniers mots de son cri du coeur : Un Vietnam, un peuple, une âme, une culture, une tradition Catholique vietnamien, aime ta patrie au centuple ! Le Seigneur te l’enseigne, l’Église te le demande. Puisse l’amour de ton pays s’incorporer au sang qui coule dans tes veines.

Vous ai-je dit que le compagnonnage de ce grand saint en devenir m’a bouleversée ? Si vous ne le connaissez pas encore, je vous en prie, faites sa connaissance ! Télévision Sel + Lumière offre un DVD qui ne vous laissera pas indifférents, je vous l’assure !

Marie LEE
(Un résumé de l'article est dans la revue Signes, vol. 49, no 2)
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