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Comme nous vous
l'annoncions dans un encart du numéro précédent,
le P. Ludger Brien,
fondateur et directeur de Signes,
est retourné à la maison du Père le 23 août
dernier. De nature plutôt réservée, il aura
sans doute été le premier surpris de l'ampleur qu'ont
prise ses funérailles, concélébrées par
deux évêques et une quinzaine de confrères
jésuites, auxquels s'étaient joints quelques
prêtres séculiers ou religieux, tandis qu'une
assemblée de 500 à 600 personnes participait activement
à cette célébration presque festive.
Qui donc était ce jésuite,
qui a oeuvré toute sa vie dans la plus grande
discrétion ? De nombreux messages de sympathie nous ont
parlé de lui comme d'un « bon et fidèle
serviteur » ; « un
grand serviteur de l'Église »,
écrivait de son côté Mgr Maurice Couture,
archevêque de Québec ; « un serviteur qui n'a pas
enfoui ses talents », précisait dans son
homélie le
P. Léo Pigeon, S.J.
Né à Montréal le 2 mai 1908, le jeune Ludger rêve à l'adolescence de mariage et de vie riche, avec château sur le Mont-Royal... Pour réaliser plus sûrement ses ambitions, il entreprend son cours classique. Mais l'attrait de Dieu le travaille. Encore simple étudiant, il fonde un club secret dont les membres prennent un triple engagement : garder l'état de grâce, faire une visite quotidienne au Saint-Sacrement et dire chaque jour trois Ave. Ardeur juvénile où cohabitent les rêves de grandeur humaine et une authentique soif spirituelle. Finalement, l'appel de Dieu sera le plus fort : à l'âge de vingt ans, il entre dans la Compagnie de Jésus, où il est ordonné prêtre le 17 août 1941. À peine sa formation terminée, il est nommé professeur au Scolasticat jésuite de l'Immaculée-Conception (faculté universitaire de théologie), mais après quelque temps, des problèmes de santé l'obligent à renoncer à ce travail. Difficultés providentielles qui l'amènent bientôt à des tâches mieux accordées à ses préoccupations pastorales. Dès les débuts de sa formation, se sont enracinées chez le jeune jésuite les convictions de base qui inspireront et caractériseront sa vie sacerdotale : volonté bien ignatienne de servir le Seigneur sans compter, attachement filial à l'Église et à Marie, souci d'aider les autres en suscitant ou intensifiant chez eux le désir de la sainteté. L'appel à rassembler pressenti dès le jeune âge se précise en lui peu à peu. On comprend dès lors comment la Congrégation mariale d'étudiantes qu'on lui confie en 1946 répond à ses aspirations les plus profondes. À partir de ce moment et jusqu'en 1984, sa vie et son action se confondent en bonne partie avec celles des Congrégations mariales, dont il devient bientôt promoteur national : fondation et animation de groupes locaux; publication de volumes, brochures et périodiques sur la vie chrétienne en général et sur les Congrégations mariales en particulier ; fondation de Secrétariats diocésains et d'une Fédération nationale ; participation aux divers congrès nationaux et mondiaux des Congrégations mariales (devenues Communautés de Vie Chrétienne) ; fondation du Centre Leunis (du nom de Jean Leunis, fondateur des Congrégations mariales) et de la Société Leunis (aujourd'hui Société du Christ Seigneur), etc. La foi audacieuse du Père Brien ne saurait se limiter à une seule oeuvre : il contribue à la fondation de la chaire de mariologie à l'Institut Pie XI, du Centre marial canadien, de la revue « Marie » et de la Société canadienne d'études mariales. Praticien expérimenté des Exercices spirituels de saint Ignace, il présente des communications lors de congrès ou de rencontres sur les Exercices spirituels, mais surtout, il travaille à la formation d'accompagnatrices laïques, à qui il confie dès 1956 l'animation de retraites ignatiennes. S'il est normal qu'un arbre fruitier produise des fruits, aime répéter le Père, pourquoi ne le serait-il pas que la vie chrétienne donne des saints ? Qu'il enseigne la catéchèse aux enfants ou la philosophie au Scolasticat, qu'il professe la mariologie à l'Institut Pie XI ou qu'il donne des cours de théologie ou de spiritualité à divers auditoires religieux ou laïques, toujours il vise une éducation de la foi qui s'épanouisse en vie spirituelle authentique et engagée, vécue au fil du quotidien. « La sainteté pour tous ! », tel pourrait être le slogan de ce chaud partisan de la démocratisation de la sainteté dans l'Église. À l'âge où il pourrait légitimement songer à une retraite bien méritée, le Père Brien continue de fonder... En effet, désireux de donner des suites au pèlerinage de Jean-Paul II au Canada (vécu, on s'en souviendra sous le thème « Célébrons notre foi »), il suscite en 1984 les Fraternités Foi et Vie, puis les Étoiles Mater Christi. « Passe encore de bâtir, dirait le fabuliste. Mais planter à cet âge ! » Les multiples occupations engendrées par ses fondations ne l'empêchent cependant pas de recevoir volontiers des chrétiens, pratiquants ou non, qui sollicitent de lui un conseil ou une aide, même matérielle. Comme le soulignait le cardinal Turcotte dans le mot qu'il a fait lire aux funérailles du Père Brien, « sa spiritualité a su inspirer des générations de jeunes et de moins jeunes. [...] Son sens de l'Église et son grand dévouement ont fait de lui une grande figure de notre Église diocésaine. » La revue Signes, dont le Père Brien était directeur, lui tenait beaucoup à coeur : « Pour que tous les chrétiens deviennent vraiment des signes du Dieu vivant, écrivait-il en juin 1993, il nous faut absolument nous consacrer à une nouvelle évangélisation. Je vois Signes comme une revue destinée à transmettre la pensée authentique de l'Église à tous les hommes et femmes de bonne volonté, de sorte que chacune et chacun puissent y trouver sa manne. » Faisant confiance à l'équipe de rédaction, il lui laissait toute latitude dans le choix des collaborateurs, mais il relisait soigneusement tous les manuscrits de la première à la dernière ligne et, courageusement 1, il a voulu assumer jusqu'à la fin « Le courrier du Père ». [...] (Extraits
d'un article de Lise Racicot, paru dans Signes vol. 35, no 2, p. 57-59,
après
le décès du Père Brien)
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