Vocation d'une pionnière
 
Josette Beaubien, premier membre de la Société du Christ Seigneur
La Société du Christ Seigneur fête cette année ses cinquante ans. Nous vous présentons ici des extraits d'un témoignage donné par Josette Beaubien, membre de la première heure.
   
J'avais 20 ans quand je me suis jointe à la Congrégation mariale d'étudiantes qu'animait le Père Brien. Ne connaissant pas encore le projet de Dieu sur moi, je continuais de sortir avec les garçons, et c'est pendant un bal que j'ai reçu ma première demande en mariage. J'ai refusé, car je sentais un autre appel dans mon coeur, mais sans savoir lequel. Mon père me permit de faire un voyage de trois mois en Europe, dans le but, m'a-t-il confié plus tard, de vérifier ma vocation. À mon retour, il constata, déçu : « Elle n'a pas changé ! »
 
Peu de temps après, deuxième demande en mariage. Là c'était sérieux ! Je suis allée voir le Père Brien, pour lui expliquer qu'étant sensible, je pensais avoir besoin d'un homme sur qui je m'appuierais dans la vie. Clairvoyant, le Père me répondit simplement : « Faites confiance au Seigneur, il vous suffira. » Je l'ai cru, et avec raison : aucun homme n'aurait pu me rendre heureuse et me combler comme Jésus ! Je vous le certifie après 50 ans !
 
J'avais confiance en mon guide spirituel et dans le seul moyen qu'il m‘avait donné pour trouver ma vocation : prier ! Et j'ai trouvé ! Lors de mes premiers Exercices spirituels de cinq jours, j'ai compris de l'intérieur ce que Jésus attendait de moi : être toute à lui et me livrer entièrement à lui dans la vie consacrée. 
 
Le 1er décembre 1951, le Père réunit celles qui pensaient à la vie consacrée. Nous ignorions qu'il nous préparait toutes individuellement. Quelle ne fut pas notre surprise de nous retrouver sept, toutes de la Congrégation mariale animée par le Père Brien ! Symboliquement, il nous invita à monter dans le train qui partait pour l'Alaska. Le train n'arrêterait pas.  Nous ne pourrions pas descendre en chemin. Qui acceptait de le suivre ? J'embarquai ! Le Père ne savait pas ce qu'il fonderait, il connaissait seulement le but : JÉSUS. Son premier souci était de nous attacher à Jésus. Nous n'avions rien à l'époque : ni Constitutions, ni maison, ni habit distinctif. Jésus seul. Ce qui m'attirait dans ce genre de vie, c'était de pouvoir me donner totalement à Dieu dans la voie des conseils évangéliques, en restant laïque dans le monde et en continuant de servir les Congrégations.
 
Pendant deux ans et demi, les premiers membres demeuraient dans leur famille, gardant le secret sur leur appartenance à la nouvelle communauté. Mais un jour...
 
Constatant le développement de la Société, le Cardinal Léger proposa au Père Brien d'acheter une maison pour la formation des membres. J'ai alors informé mon père que je faisais partie de la Société et que je devais quitter le toit familial pour aller habiter la maison achetée par le Cardinal. Papa s'y objecta : « Impossible, Aimée (notre gouvernante) nous quitte pour épouser son militaire revenu de Corée. Tu es l'aînée des filles ; tes frères et soeurs ont besoin de toi. » (Nous étions six enfants, et maman était décédée quand la benjamine n'avait que dix-huit mois.) Papa décida de faire de moi sa secrétaire privée et il m'envoya passer un examen médical chez notre médecin de famille. Perplexe, j'allai à l'église et, à genoux à la balustrade, j'ai dit à Jésus que je ne pouvais le suivre dans la Société car je devais m'occuper de mes frères et soeurs ; s'il me voulait, il fallait qu'il arrange cela lui-même. Le médecin fit son rapport à papa : « Josette est en parfaite santé, mais il y a une difficulté : elle ne pourra pas se donner à deux choses. Son coeur est dans son oeuvre. » - « Je suis sûr qu'elle me choisira », lui répondit papa. Et il vint me trouver : « Ton père ou le Cardinal. » Ma réponse ? « Ni l'un ni l'autre. Je choisis Jésus, c'est à lui que je me donne. » Visiblement contrarié, papa me répondit : « Va te coucher. » Le soir même, il appelait le Père Brien... et le lendemain matin, il me laissait partir !
 
La suite tient presque du conte de fées... Reçus l'un après l'autre par le Père Brien, monsieur Beaubien et la gouvernante reconnurent qu'ils s'aimaient... Leur mariage eut lieu peu de temps après, avec le joyeux consentement de chacun des enfants Beaubien. Josette était libre pour se donner à Dieu, à qui rien n'est impossible ! Elle nous parle de la vie à l'intérieur de la petite communauté maintenant rassemblée.
 
Depuis les débuts, c'est le Père qui voyait à notre formation. Nous étions jeunes et sans beaucoup d'expérience. Voici deux anecdotes illustrant sa manière de nous apprendre le souci du travail bien fait et le soin à apporter à  toutes choses.
 
On m'avait demandé de balayer les marches en bois verni du grand escalier donnant sur le hall d'entrée. Je m'y suis mise avec ardeur... frappant chaque contremarche, sans m'en rendre compte, avec le dos du balai. Cet escalier était tout près du bureau du Père. Il vint me voir et, délicatement : « C'est vous qui balayez l'escalier ? » - « Oui, mon Père, et il sera propre. » - « Oui, reprit-il, mais chaque marche va rester marquée ! »  Puis demandant le balai, il me montra comment balayer sans bruit, en inclinant les poils du balai vers la contre-marche. On n'entendit plus le bruit du balai !
 
Un autre point à travailler : mon langage ! Le Père assistait à mes conférences en prenant des notes, et croyez-moi ce n'était pas pour retenir de belles idées, comme je l'ai pensé au début... mais pour noter mes fautes de français ! Il me faisait ensuite venir à son bureau et, sa feuille en main, il m'expliquait mes erreurs. Un jour, me voyant au bord des larmes, il me dit avec bonté en me tendant sa feuille : « Ne vous découragez pas, apprenez les corrections. »
 
Josette se dépensait sans compter au service des Congrégations mariales : visites de groupes au Québec, au Canada anglais, aux États-Unis ; participation à des congrès mondiaux, où elle eut l'occasion de donner des conférences; membre pendant 12 ans du Conseil exécutif de la Fédération mondiale. À la demande du Fondateur, elle rendait régulièrement compte au Cardinal Léger du développement de la Société. Jésus lui réservait des surprises...
 
Dieu se sert des petits pour accomplir de grandes choses ! Envoyée par le Père Brien avec Monique Brunel auprès du Pape Pie XII, j'ai eu l'immense privilège de lui remettre la première version des Constitutions de la Société. Peu de temps après, celle-ci était reconnue comme un « état de perfection » de droit pontifical ! Une autre grande grâce pour moi a été d'accompagner le Cardinal Léger à Rome, comme secrétaire. Ceci me valut d'assister à la messe de Jean-Paul II dans sa chapelle privée et d'être invitée à déjeuner avec lui.

Jésus m'a manifesté son grand Amour et je lui redis souvent : « Je suis la petite servante de la Servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole. » C'est ma devise. Être à l'exemple de la Servante du Seigneur, ma mère, un OUI perpétuel à Dieu. Après 50 ans, ma vocation est la même qu'au début : Jésus. Jésus Christ hier, comme il l'a été pour moi il y a 50 ans; Jésus Christ aujourd'hui, puisque, selon la pensée de notre Fondateur, « Je n'ai pas de meilleure chose à faire que d'être unie à Jésus dans la tâche que présentement il attend de moi. » ; et Jésus Christ à jamais, selon sa promesse :  Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des siècles.

(Josette BEAUBIEN, Signes vol. 36, no 2, p. 62-64)
Je veux lire un autre témoignage de Josette Beaubien ? Cliquer ici.
 
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Mon Dieu, mon Père
 
Jean-Louis Blanchard
« C'est le propre du Créateur d'entrer, de sortir, de produire des motions dans l'âme... » nous dit saint Ignace au no 330 des Exercices spirituels. Lorsqu'il choisit de le faire, c'est dans le but de solliciter notre amour, de se faire proche et attentif à notre libre réponse, de guérir, consoler, fortifier. Voici le témoignage de Jean-Louis Blanchard, transformé par la grâce il y a quelques années. Il signera désormais « L'anecdote du converti » par les initiales J.-L. B.
 
Je me suis toujours posé une multitude de questions face à la vie, cherchant le bonheur à travers toutes sortes d'expériences. Voici comment j'ai découvert le vrai sens de la vie, qui mène au bonheur authentique.

En 1995, j'ai été, par la riche grâce de l'Esprit Saint, pardonné de mon passé et appelé à entrer dans le réseau d'amour de Jésus. Le tout s‘est déroulé, durant une soirée de décembre, alors que je regardais une émission religieuse télévisée. Le prédicateur citait un extrait de l'Évangile de saint Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16).
 
Cet homme de Dieu souligna que le mot clef de ce passage d'évangile est QUICONQUE, c'est-à-dire n'importe qui. Il ajoutait que Dieu voulait être notre Dieu personnel, que Jésus Christ est venu pour ME sauver, ME racheter.

Je n'avais jamais pensé à Dieu comme à mon Dieu à MOI, et cette pensée me fit pleurer de joie. Quel bonheur de réaliser que Dieu m'aime et désire entretenir une relation intime avec moi, que dans la Bible, Jésus me parle et que, par la prière, je peux lui répondre ! Il m'était donc possible de me réconcilier immédiatement avec Dieu. Je pouvais désormais changer, revivre, renaître, à condition bien sûr de me reconnaître pécheur et de me repentir sincèrement de toutes mes fautes.
 
En effet, Jésus Christ me donnait l'opportunité de changer et de devenir tout autre. Par son amour inimaginable, il promettait de m'aider à changer, à me convertir. Alors je me suis mis à genoux et, pour la première fois de ma vie adulte, j'ai prié, prié pour le salut de mon âme. J'ai promis au Seigneur de lui donner la première place dans ma vie. J'ai senti la main de Dieu sur moi. En fait, il m'invitait à l'aider à humaniser le monde, et me demandait de répandre la foi chrétienne que j'avais si longtemps essayé de détruire.
 
Au fil des jours, je me suis aperçu que ce soir-là, j'avais été guéri de maux physiques qui m'accablaient depuis nombre d'années, dont un mal de dos chronique. J'ai aussi reçu deux grâces : l'amour pour Jésus et pour son Église, et la certitude que la Parole de Dieu est d'inspiration divine.

Je n'ai jamais regretté mon « oui » spontané. Aujourd'hui, ma foi a mis de l'ordre dans ma vie. Je travaille pour le Père, avec l'Esprit Saint, et Jésus est mon confrère, mon Ami. Depuis que j'ai accepté de suivre le Christ, mon Maître et mon Sauveur, mes journées valent la peine d'être vécues et mes nuits sont devenues paisibles.
 
La spiritualité ignatienne a fait surgir en moi le besoin de silence, de prière et de réflexion pour faire la lumière sur moi-même et m'apprendre à me connaître. La Parole m'a révélé qui j'étais, d'où je venais et où j'allais. Jésus m'a aidé à faire l'intégration des nombreuses et riches expériences qui se sont présentées durant ma vie.  Encouragé par cet Ami à me dépasser, et conscient de la nécessité d'une communication spirituelle et fraternelle entre croyants, j'ai senti le besoin de faire part à mes frères et soeurs en Jésus, des bribes de faits vécus, vus, entendus, en écrivant une chronique intitulée : « L'anecdote du converti ».

« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Mon but, en relatant ces récits, est d'aider les lecteurs à traverser les couches superficielles de la vie pour trouver le sens profond des choses et des événements pour la plus grande gloire de Dieu. Je prends l'entière responsabilité du contenu de mes textes, en toute connaissance de cause. Je veux partager le trésor que j'ai reçu lors de ma conversion, ce trésor qui m'a fait renaître et vibrer d'un amour brûlant pour Jésus, mon Maître et mon Sauveur.
 
Merci, Jésus, de m'avoir accueilli à bras ouverts après 50 ans loin de toi, et de m'entraîner dans l'élan de Marie, ta Mère. Je te rends grâce de m'avoir inséré dans cette belle famille ecclésiale, Mater Christi, où je suis épaulé dans mon cheminement vers la sainteté. Reçois aujourd'hui mon coeur, ma vie et mon humble merci.
 
(Jean-Louis BLANCHARD, Signes vol. 35, no 1, p. 54-55)
 
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Le discernement spirituel,  une grâce !
 
Derly Maxis
« Qu'a-t-il voulu nous dire ? » (Jn 16,17) se demandaient entre eux les disciples. Qui d'entre nous ne désire pas comprendre comment Dieu agit en soi pour mieux répondre à ses appels. C'est à ce désir que vient répondre la Série d'initiation au discernement spirituel et à la prière personnelle. Derly Maxis, 28 ans, nous partage son expérience.
 
« Demandez... »
 
Dès le début de ma conversion, une des grâces que je demandais ardemment au Seigneur fut celle du discernement spirituel. Malgré ma fraîche adhésion au Christ, je voyais déjà le danger de tomber dans les pièges et vaines séductions de ce monde. Nous sommes sollicités de toute part, la question est de savoir comment reconnaître la voie, la voix du Seigneur sachant que le Malin se déguise parfois en ange de lumière.
 
Après avoir suivi la série d'initiation au discernement, je me suis arrêtée et me suis dit : « Le Seigneur a exaucé ma prière. Il m'a donné la grâce d'avoir un accompagnateur spirituel et aussi celle d'avoir vécu cette série en me mettant à l'école de saint Ignace pour posséder cette acuité spirituelle. Il ne m'a pas donné la science infuse mais Il a bien voulu que d'autres m'enseignent. »
 
« ... et vous recevrez... »
 
Dès le début de la série des huit rencontres, j'ai constaté que le monde spirituel avait son propre jargon : consolation, désolation, motion intérieure, etc... c'était presque de la nouveauté pour moi.
 
Notre animatrice (car nous étions un petit groupe de huit) nous a très bien défini ces termes et introduit chaque matière. Étant donné que nos rencontres avaient lieu aux deux semaines, nous avions un petit exercice à faire afin d'expérimenter dans notre quotidien le thème abordé. Une des choses que j'ai particulièrement aimées lors de cette série fut les périodes d'échanges. Chacun, selon son désir, apportait une expérience personnelle, fruit de son expérimentation. Ces échanges étaient très constructifs car l'intervention d'un tel venait éclairer un autre sur un questionnement, sur un doute. D'autres échanges nous permettaient de constater que nous vivions sensiblement les mêmes choses sur le plan spirituel; nous avons tous nos peurs, nos résistances et aussi le même désir de plaire au Seigneur. Et chacun dans sa vie aura à vivre ce qu'on appelle consolation et désolation spirituelles.

« ...si bien que votre joie sera parfaite. »  (Jn 16,24)
 
Je peux dire que j'ai acquis à la fin de cette série une bonne dose de maturité spirituelle. Je suis plus apte à identifier mes états d'âme et ainsi n'être plus le jouet de mes émotions et sentiments. Je suis capable de reconnaître sous la mouvance de quel esprit je suis, car je prends souvent le temps de m'arrêter pour regarder ce qui se passe en moi et ainsi réagir plus efficacement.
 
En contemplant les fruits de son action dans ma vie, je loue le Christ pour tant de merveilles qu'il a faites pour moi.
 
(Derly MAXIS)

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D
'autres témoignages

  • De tout mon cœur ! - Professeure de féminisme chrétien dans un collège universitaire de Tokyo, Setsuko s’emploie notamment à améliorer les relations chez les couples et les familles.
  • Poussée par l'Esprit - Loudia Désaulniers, l’action de l’Esprit Saint dans sa démarche de discernement vocationnel.
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