| Une vocation en filigrane
Jeune universitaire étudiant en mathématiques, je suis assoiffée de vie spirituelle et en recherche de ma foi. J'ai rencontré Jésus depuis peu en la personne de chrétiens convaincus, heureux de vivre pour Lui et avec Lui, et pour lesquels Il est, non pas une idée ou un personnage du passé, mais Quelqu'un. Leur joie et leur enthousiasme ont ravivé la flamme de la foi qui couvait au fond de mon coeur. Je perçois alors un appel clair du Seigneur à endosser la consécration de mon baptême. Un jour, en effet, mes parents, mon parrain et ma marraine m'ont tenue sur les fonts baptismaux et ont dit « oui » en mon nom à l'appel de Jésus à le suivre. Il est maintenant temps de le dire moi-même, ce « oui ». Sous la mouvance de cette « conversion » je dévore la Bible, je savoure les psaumes, je lis et relis le Nouveau Testament, je prie et réfléchis sur le sens de cette vie qui compte si peu dans un contexte de guerre. Un jour, poussée par un zèle ardent, je demande une entrevue avec la supérieure du collège qui m'a vue grandir. Je désire avant tout exprimer ce que j'aurais alors souhaité y trouver pour étancher ma soif spirituelle, convaincue que si tout baptisé, une fois adulte, est appelé à ratifier son baptême, il faut qu'il sache la voie vers le Christ. L'entrevue est accordée. Chose rare, je m'y prépare très sérieusement par écrit ! Après une brève analyse de la situation spirituelle des jeunes chrétiens au Liban, je note soigneusement mes désirs :
Plus de dix ans ont passé depuis. À travers joies et combats, les traits de ma vocation se sont précisés. L'essentiel, pourtant, demeure, balbutié dès l'aube de mon cheminement : appel à la sainteté et à un amour personnel, constant et souverain envers le Seigneur à travers une spiritualité du discernement ; amour de l'Église et désir ardent de faire connaître et aimer son enseignement ; engagement pour rassembler des laïcs en communautés évangéliques et les aider à unir foi et vie. Je rends grâce au Seigneur pour l'accueil bienveillant de soeur Cousin, et son écoute sérieuse et attentive, il y a une quinzaine d'années. À son insu sans doute, elle m'aidait à découvrir que l'appel ne surgit pas tout d'un coup dans une vie. Il est gravé au plus profond de notre être, comme un grand désir. ~oOo~ « J'étais malade... »
Une arrière grand-maman... une amie Quand une compagne de la Société du Christ Seigneur m'a demandé : « Pourrais-tu t'occuper de maman, elle est en perte d'autonomie ? », je ne savais pas que s'inaugurait une aussi belle aventure ! Par un matin radieux, j'allai rencontrer madame B., déjà atteinte de la maladie d'Alzheimer. Au bout d'une semaine d'essai auprès d'elle, je la trouvais si agréable que j'ai dit à ses enfants : « J'aime beaucoup votre mère. Je serais vraiment heureuse d'être à ses côtés, si elle le souhaite aussi. » J'ai été engagée. Je lui tenais compagnie cinq jours sur sept et l'aidais dans sa vie courante. Pas une minute, je n'ai eu l'impression de travailler ! Chaque fois, il me semblait passer une journée avec une amie très chère. Les premières années, elle s'est racontée. Nous regardions ses albums de photos et elle me les expliquait, me faisant le récit de ses voyages. Elle me montrait les lettres que lui avait envoyées son Jules... Tout ce qu'elle me disait m'intéressait au plus haut point. Graduellement, son état s'est détérioré, mais elle gardait un bon jugement, et quand un de ses gestes n'était pas tout à fait ajusté à la réalité, elle s'en rendait compte. Elle me demandait alors : « Est-ce sensé ? ». Je rétablissais délicatement les choses, en l'aidant à compléter ce que je devinais avoir été son intention. Lorsqu'elle eut cessé de parler, c'est moi qui lui racontais ses souvenirs : « Vous rappelez-vous, madame B., lorsque... ». Jusqu'à la fin, nous avons maintenu le contact entre nous par l'affection et la musique. Un grand frère affectionné Un jour où je sortais de la chambre d'hôpital de madame B., j'ai remarqué que le patient de la chambre voisine s'était endormi sur sa chaise. La tête inclinée, il avait laissé tomber par terre le livre qu'il lisait. Ramassant le volume, je lui ai demandé : « Aimeriez-vous que je vous fasse la lecture ? » - « Ce n'est pas de refus ! », répondit-il. C'était un livre sur la maladie de Parkinson, dont il souffrait. Ainsi commençait une belle relation. Presque chaque jour, j'allai lui offrir de poursuivre la lecture de cet ouvrage. Je me suis aperçue qu'il était négatif à friser la dépression. Comment quelqu'un de cette qualité pouvait-il avoir une aussi piètre opinion de lui-même ? Le bon Dieu m'inspira d'écrire tout ce que je voyais de beau en monsieur O. et de lui lire le document. Il écouta attentivement ma longue énumération : « Grande densité d'être, respect de soi et des autres, cordialité, affabilité, calme, discrétion, force, attention aux autres, etc. ». Il s'étonna : « Je ne me pensais pas regardé comme cela ! ». Puis il ajouta : « Pourriez-vous me le noter sur un bout de papier ? ». Après avoir un peu connu sa famille, j'ai commencé à lui parler de l'Arche de Jean Vanier et de son volume : Toute personne est une histoire sacrée, en pensant à son fils autiste, que monsieur O. savait entourer d'une immense tendresse. Plus tard, cherchant à le soutenir dans la maladie en même temps qu'à nourrir ses capacités intellectuelles, j'ai offert de lui lire Le sens chrétien de la souffrance humaine, de Jean-Paul II. C'est un des textes qui l'ont le plus marqué, nourri. Un beau jour, sa fille lui annonça qu'elle allait se marier. Elle ajouta : « Papa, je veux que tu viennes à mon mariage... debout ! » Cela relevait de l'exploit, car il ne pouvait marcher longtemps. Je me suis mise à investir temps et énergie pour ce projet : bras dessus, bras dessous, nous nous promenions tous les jours devant l'hôpital. Une fois, nous sommes allés jusque chez lui (il habitait dans le quartier). Le moment venu, il a assisté au mariage et tous ont été ravis... mais personne ne l'a été autant que moi. Pour m'assurer que tout se passerait bien (le mariage avait lieu en Europe), j'avais préparé des conseils pour les personnes chargées de l'accompagner. Je ne faisais pas toujours la conversation à monsieur O., sa culture dépassant largement la mienne. Mais nous ne pouvions pas lire tout le temps ! Un matin, je lui dis : « Bernadette Soubirous avait écrit une prière dans laquelle elle remerciait Dieu pour tout, même pour les épreuves. Seriez-vous prêt à le faire aussi ? » - « Oui », dit-il. Nous nous sommes alors attelés à la tâche. Plus tard, il m'avoua : « Je voudrais bien être enterré à N... » - « Est-ce écrit quelque part ? », lui ai-je demandé. - « Non ». Un autre jour, il a soufflé : « Je ne veux pas d'acharnement thérapeutique. ». Je lui ai proposé de faire son testament biologique. Après quelques moments, il m'a demandé : « Quand est-ce qu'on écrit le papier ? ». Le dernière fois que je l'ai vu, c'était le 22 décembre 2000, peu de temps avant qu'il ne quitte définitivement Montréal. Les jours qui ont suivi ma visite, je lui ai téléphoné régulièrement pour le soutenir et, la veille de son départ, je lui ai donné rendez-vous dans l'au-delà. Monsieur O. est décédé en France le 24 janvier. Lors de ses funérailles, parents et amis ont été touchés à la lecture de la prière qu'il avait composée. Un petit agneau Un jour, à l'hôpital, j'ai rencontré Luc, neveu de madame B., poussant le fauteuil roulant de son épouse, hémiplégique. Il me demanda : « Prendriez-vous soin de ma femme ? ». Comme pour sa tante, je me suis assurée que son épouse voulait de moi. Elle avait, depuis 12 ans, une tumeur inopérable à la tempe. À 57 ans, ma nouvelle amie savait que son état continuerait à dégénérer. Heureusement, elle ne souffrait pas. Incapable de parler, elle communiquait intensément du regard. Il y avait tellement d'accueil dans ses yeux que, dès le début, je n'ai jamais douté lui être utile. Ni son mari ni elle n'étant « pratiquants », je ne l'amenai pas à la chapelle. En huit mois, je ne lui ai demandé qu'à deux reprises : « Si je venais à la messe ici dimanche, aimeriez-vous que je vous amène ? » Chaque fois, elle a acquiescé. Je savais qu'elle aimait le beau. De temps à autre, je la conduisais au salon, dont l'aménagement lui plaisait : décoration, boiseries, canapé en cuir. Après avoir mis de la musique, j'allais lui chercher un café et, comme elle ne parlait pas, je lui rappelais les grâces dont elle était comblée : elle avait eu une belle vie, son époux l'aimait de tout son coeur, le bon Dieu l'aimait depuis toujours, etc. Je l'ai connue à l'automne 1999. Au printemps suivant, elle avait de la difficulté à manger et, en juin, elle ne prenait presque plus rien. À cette époque, je lui ai apporté une image du bon Pasteur penché au bord d'un ravin pour secourir un petit agneau. Je lui dis : « Ce petit agneau, c'est vous ! », et je mis l'image bien en évidence devant elle. Quelques jours plus tard, ayant trouvé une nouvelle image du bon Berger, celle-là avec un agneau dans les bras, j'ai remplacé la première image par la deuxième, en lui rappelant que l'agneau, c'était elle. Ses yeux ont brillé. Puis, elle a cessé de boire, ne pouvant plus avaler. Je savais qu'elle ne tiendrait pas très longtemps ; pourtant, je la trouvais chaque jour paisiblement assise dans son fauteuil. Un après-midi, à mon arrivée, elle y était, mais n'avait plus aucune réaction. Installée près d'elle, je me suis mise à prier en silence. J'ai eu l'idée de dire à haute voix, aux quarts d'heure pour ne pas la fatiguer : « Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous, maintenant. ». Après un certain temps, elle me regarda intensément. Elle désirait quelque chose, c'était évident ! Je réfléchis : « Ce ne peut être de la nourriture, ni quelque chose à boire, elle est incapable d'avaler... ». Tout à coup, une pensée s'est imposée à moi : le prêtre. Il fallait le faire venir ! J'ai demandé l'aumônier. Dix minutes plus tard, le religieux arrivait dans la chambre. J'ai chuchoté : « Mon Père, madame F. s'en va. Elle ne peut parler. » - « J'ai l'habitude, ne vous inquiétez pas. », répondit-il. Elle reçut le sacrement du pardon, l'Eucharistie et, en présence de son mari, l'onction des malades. Ce jour-là, j'ai eu le sentiment qu'elle passait des bras de son époux à ceux du Seigneur Jésus. Elle s'est éteinte tout doucement le lendemain. Rétrospectivement, il me semble que le bon Dieu m'a demandé de transmettre un certain message d'amour, d'espérance et de joie aux trois malades qu'il m'a envoyés. Je ne les traitais pas comme étant « absents » (ils ne l'étaient pas), mais comme des amis. Jusqu'au bout, je me suis adressée à tout ce qui, en eux, pouvait recevoir quelque chose. Il y a toujours un petit coin de l'être qui peut communiquer. Chaque fois, je recevais moi-même plus que je donnais. Il fait bon sentir que, non seulement on sert à quelque chose, mais on sert à quelqu'un... en même temps qu'à Dieu ! (Gisèle HERVIEUX) Nous publions ci-après des extraits de la touchante prière que monsieur O. a préparée avec Gisèle Hervieux.
~oOo~ Ma réponse d'amour à l'Amour
Sans aborder tous les aspects de la manière de vivre des Fraternités Foi et Vie, j'aimerais vous partager certains outils qui me sont indispensables : Chaque année, je vis une retraite selon les Exercices spirituels. Ma dernière expérience fut un tournant dans ma vie. En quatre jours, intenses comme en huit, le Seigneur m'a rejointe. Il m'a invitée à réapprendre à le re-connaître dans son Évangile pour mieux répondre à son amour. De plus, tous les matins, je peux redire mon oui dans l'oraison, comme la Vierge à l'Annonciation (l'Annonciation est le vocable de ma Fraternité). Le Seigneur m'indique, par son Esprit Saint, quelques points à mieux vivre au cours de la journée : plus de joie, d'écoute des autres, etc. Ces rencontres matinales débutent ma journée sur une note joyeuse. Ensuite, durant la journée, je fais des arrêts volontaires d'une minute, sans que cela nuise à mon travail en cours ; je goûte alors sa Présence. Et je poursuis ma journée. Le soir venu, je revois avec le Seigneur le déroulement de ma journée. Dans cette intimité, je le remercie pour les grâces reçues, pour les personnes rencontrées. Puis viennent les pardons : en particulier pour ne pas avoir répondu à ses appels. Je vérifie les motions intérieures éprouvées, qui m'aident à discerner ce que je dois changer dans mes attitudes ou dans mon comportement, et comment lui, Jésus, voit et comprend les personnes et les événements de mon quotidien. La récollection du mois est un temps d'arrêt, de ressourcement où je revois avec les yeux du coeur, sous le regard de Jésus, mes états d'âme des semaines écoulées. J'écoute le Seigneur me parler, m'apprendre, m'éclairer sur ce qu'il attend de moi (ma mission), afin de mieux poursuivre les engagements qu'il m'a inspirés durant ma retraite. Les réunions hebdomadaires me stimulent dans mon cheminement, ainsi que l'accompagnement personnel. Les membres de la Fraternité, que je considère comme ma deuxième famille, m'aident à progresser aux plans humain, spirituel et apostolique. Ainsi je peux croître quotidiennement dans la foi, l'espérance et la charité, vertus indispensables sur le chemin de la sainteté. Je peux vous dire que je suis très heureuse dans ma vocation. Le 7 mai dernier, j'ai fêté mon 7e anniversaire de consécration perpétuelle dans les Fraternités Foi et Vie. Ma consécration est ma réponse d'amour à l'Amour. Je ne l'ai jamais regretté. (Sylvie CHASSÉ) ~oOo~ D'autres témoignages
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